Melle Claire Renaut by PokerGirlz

 

Salut Claire, tout d’abord merci d’avoir accepté de donner un peu de ton temps pour PokerGirlz et lesblogspoker.com. Tu as déjà quelques interview à ton palmarès, je vais donc essayer de ne pas poser les mêmes questions que mes confrères et rester original afin de te connaitre un peu plus sous le ton de l’humour.

 

* Pour ceux qui ne te connaisses pas encore ( y en a-t-il ? ) , peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours jusqu’à présent ?

En quelques mots ça va être dur... En gros, j’avais une vie parisienne bien réglée quand un jour j’ai reçu un mail « recherche comédienne sachant jouer au poker pour DVD pédagogique ». Je passe le premier casting, pensant me faire un cachet sympa mais j’apprends lors de la deuxième étape des sélections qu’il s’agit en fait d’une sorte de télé-réalité. Mon sang n’a fait qu’un tour et j’ai passé immédiatement un coup de fil en panique à mes amis. Je n’avais pas la télé depuis des années et je ne savais même pas ce qu’était NRJ12. La bonne nouvelle, c’est qu’un technicien m’a confirmé qu’il n’y aurait pas de caméras fixes et qu’une seule équipe de caméraman tournerait : ce qui signifiait aucune image à notre insu, on saurait tout le temps quand on serait filmé. Mes potes m’ont tous dit « Ecoute, personne ne connait la chaine, t’as l’occaz’ de partir deux semaines à Vegas, ça peut être fun, pourquoi pas… » Du coup, je me suis dit « pourquoi pas » et j’ai grimpé dans l’avion.


A l’époque, je ne jouais qu’entre potes et je n’avais jamais entendu parler de Fab, ElkY ou même Pokerstars : les 200 000$ à la clé, je ne les ai même jamais envisagés. Je n’ai étrangement plus aucun souvenir des 15 jours passés là-bas et je n’ai jamais vu un épisode de l’émission ! Deux semaines après mon retour de Vegas, je faisais ma valise et je commençais à écrire des petits trucs tests pour MadeInPoker : je me souviens encore de mon premier coverage avec Fab, Jules et David qui me montrait patiemment les joueurs : « Alors lui, c’est Scotty Nguyen, il a gagné ça et ça, lui c’est Chris Ferguson, un ex-champion du monde etc… » Il m’a fallu sacrément bosser pour rattraper mon retard ! Et petit à petit, j’ai commencé à faire un article, puis deux, puis un coverage, une interview, une vidéo, tout en me plongeant dans l’étude stratégique du jeu : ça fait apprendre tellement vite de regarder les grands joueurs, dont Fabrice, au travail !  Et la suite, vous la connaissez…


* Pour rester original, le poker t’apporte ou t’as apporté quoi ?

Le poker maintenant, c’est ma vie. J’écris pour MadeInPoker et pour mon blog, www.viedefish.c om, le tout en jouant quand je peux. Ca m’a apporté une grande liberté à de nombreux points de vue. J’écris souvent de chez moi (ou d’un hôtel) ce qui me laisse le temps d’organiser mon emploi du temps comme je le souhaite et d’avoir du temps libre pour profiter de plein de choses à côté. J’aime le poker parce que c’est un des seuls milieux dans lequel tout peut arriver. Par exemple on ne sait jamais, sur un malentendu, je pourrais gagner sur un tournoi de quoi me payer un chouette appart’. Et enchainer sur un beau contrat de sponso qui entrainerait d’autres choses. Pas que ce soit facile, non, juste que mathématiquement, c’est possible. Ce ne sera jamais le cas pour quelqu’un qui travaille dans une boite où les promotions sont déjà écrites : dans deux ans, tu peux espérer le bureau d’à côté et 200 euros de plus, dans 10 ans, tu auras la place de parking à l’ombre du platane etc… J’aime le fait de ne pas savoir où j’en serais dans 1 an et l’idée que tout est possible. Dans le poker, on rêve beaucoup et on gagne beaucoup moins. Mais avoir l’opportunité de rêver légitimement, ça n’a pas de prix. De plus, j’ai toujours aimé voyager et rencontrer des nouvelles personnes. Le tout dans des cadres qui sont généralement plutôt chics, ce qui ne gâche rien.

 

* Qu’est-ce qui te fait lever le matin ?

Rien :-D. C’est justement pour ça que j’ai choisi le poker…

 

* Quel est ton but dans la vie ? Ta plus grande fierté ?

Il y a encore quelques mois, quand j’ai décidé de prendre plus de temps pour jouer, mon but dans le poker c’était d’avoir ma première ligne Hendon Mob. Et là, j’ai fait quelque chose comme 8 cash sur 12 tournois plus ou moins gros et deux bulles, le tout pour environ 45 000$ de gains en six mois. Et ça, j’en suis très heureuse. Après, pour ce qui est du but dans ma vie, il ne se limite évidemment pas au poker. J’ai envie de ne jamais avoir l’impression de stagner ; la vie est bourrée de surprises et de risques à prendre. Je n’ai jamais eu peur de rien et j’ai toujours cru en ma bonne étoile. Pendant des années, j’ai vécu en tant que comédienne dont les cachets de pub aléatoires m’ont permis d’écrire tranquillement cher moi, ce que j’adore (d’ailleurs, j’ai mon premier long métrage en tant que scénariste « Je vous aime très beaucoup » qui sort le 7 juillet dans pas mal de salles en France ; le scénario a dû beaucoup changer depuis que je l’ai vendu à la prod mais je suis tout de même très contente que le projet ait abouti). Je n’ai jamais eu le stress des fins de mois et pourtant, j’ai bien ramé dans l’imprévisible et l’insécurité financière. Je suis fière d’avoir cru en mon rêve principal : avoir une belle vie pleine de surprise et d’imprévus. Professionnellement et personnellement, maintenant, je suis vraiment heureuse, ce qui n’empêche évidemment jamais d’en vouloir plus.

 

* Que sont devenus tes rêves d’enfants ?

Petite, je voulais être pilote de chasse, comme dans « l’étoffe des héros », et je me souviens très bien du jour où, au collège, on m’a dit qu’être myope constituait un gros obstacle à la chose… Après, je ne sais plus. Je crois que la seule chose qui m’importait était de faire un métier qui n’inclurait aucune routine (genre pas la même boite pendant 30 avec open space et pia-pia à la machine à café). Jamais je n’aurais pensé avoir la vie que j’ai aujourd’hui en tout cas, ça c’est sûr !

 

* Te manque-t-il quelque chose ?

Il me manquera toujours plein de choses, pas forcément matérielles, évidemment. C’est justement le moteur d’une vie : « J’aimerais ça et ça… ». Le rêve. Ce qui est bon en revanche, c’est de revenir quelques années en arrière et de regarder le chemin parcouru. On marche souvent plus loin que ce qu’on pense.

 

* D’où viens-tu ? A quoi as-tu renoncé ?

Pendant deux ans, j’ai renoncé à avoir un chez-moi. J’ai rendu mon appartement à Paris, stocké mes affaires dans la cave d’un ami qui avait un bar rock’n’roll à Paris (bonjour les cartons entre deux futs de bière) et vécu d’hôtels en hôtels, en enchainant les destinations poker. J’ai eu les mêmes affaires et la même valise pendant 2 ans. Et bizarrement, le chez-moi ne m’a pas tant manqué que ça. Depuis, on a un appart à Londres mais on y est presque jamais !

 

* Tu t’es payé quoi avec ton premier « gros » gain ?

Rien de particulier. Je crois surtout que j’ai mis de côté de façon pragmatique pour payer mon loyer pendant plusieurs mois et placé une partie dans mon bankroll. Sinon, après Monaco, je me suis autorisée un massage au spa du Fairmont… Mais pas plus. En même temps, il faut dire que beaucoup voyager coute aussi beaucoup d’argent : les hôtels, les taxis, l’avion, les restos… Et je préfèrerais toujours un bon resto entre amis qu’un sac à main.

 

* Es-tu stressé avant un tournoi et as-tu des rituels avant de rentrer en scène ?

Non. Je ne suis pas superstitieuse pour un sou et j’essaie surtout de ne pas l’être. L’important, c’est juste d’être détendue et de ne pas avoir l’esprit préoccupé. Du coup, je m’occupe avant de toutes les choses que j’ai à faire, comme les articles pour MIP, de l’administratif ou une résa d’avion, avant de m’assoir à la table. Mais maintenant, je n’ai plus peur du tout et je joue sans pression. Je n’ai aucune obligation de résultat et en plus, je n’ai jamais compté sur le poker pour avoir de quoi vivre. Ca fait une grande différence.

 

* Claire Renaut, joueuse de poker, c’est quoi en trois mots ?

Une grande liberté.

 

* Récemment tu as reçu le blogscar d’or par tes pairs, pour toi quelles sont les raisons de ce succès ?

Ca m’a vraiment touchée de voir que mon blog plaisait… Quant aux raisons, je ne sais pas. Je suppose que c’est parce que je poste assez souvent et que j’essaie de présenter le milieu dans lequel je suis d’une façon différente et sous un angle souvent inhabituel. Il y a quelques jours par exemple, je m’interrogeais sur la nouvelle place des journalistes poker dans un milieu en pleine mutation (traduire par « professionnalisation due à un apport massif d’argent »). C’est le genre de sujets qu’on n’a pas l’habitude de lire sur des blogs.

Blog de Claire

 

* Quelle tâche ménagère te rebute le plus ?

Toutes ! Et c’est vrai qu’étant d’un naturel quelque peu bordélique, j’ai toujours un peu de mal à m’y mettre… Mais celle que j’aime le moins, c’est probablement le repassage. Ou les vitres. Ou les sols. Ou la vaisselle. En fait, tout :o)

 

* Quels sont tes plaisirs favoris ?

Ah ça… Il y en a vraiment beaucoup ! Que vaut une vie sans les petits plaisirs du quotidien ? Au poker, j’adore les petites parties de cash en mixed games limit qu’on peut trouver à Vegas. Je me pose à la table, entourée bien souvent de retraités ou de joueurs habitués et souvent cool, je me commande un strawberry julius et je joue pour m’amuser (ça ne veut pas dire que je fais n’importe quoi, on s’entend), parfois en découvrant des nouveaux jeux, genre l’A-5 ou le Pinapple, c’est toujours sympa. J’adore aussi faire un bon diner en compagnie de proches, dans un resto à la déco sympa ou un barbecue sur une terrasse, j’adore aussi visiter les villes dans lesquelles je vais pour le poker, me perdre dans les ruelles ou trouver où est le musée d’art contemporain. Ca c’est quelque chose que j’aime beaucoup : ça agrandit l’imaginaire. J’aime aussi les bons films ou les séries américaines sous la couette (en ce moment, c’est Lie to me, Breaking bad et Cougar Town) ou bouquiner un bon polar bien sanglant sur la plage…

 

* Qu’aimerais-tu recevoir pour ton anniversaire ?

Euh, si je demande un appartement genre penthouse au dernier étage avec vue sur Londres en contrebas depuis ma sublimissime terrasse en teck, vous serez assez pour vous cotiser ?  :o)

 

* T’as un coup de gueule à passer là, tout de suite ?

Je ne vais pas faire original, ça va même être cliché, mais le monde dans lequel on vit me donne la nausée. L’argent prend le pas sur tout le reste (la préservation inexistante de notre planète, les gens mis à la porte suite aux subprimes, les boites bénéficiaires qui virent leurs employés, la répartition honteuse des richesses, le fait d’inonder l’Afrique sous les armes, l’absurdité des produits financiers qui conduisent le monde à la faillite, les banques en général, les bonus et autres parachutes dorés, les privilèges des élus – comment peut-on demander à un peuple de se serrer la ceinture quand on ne montre pas l’exemple ?- et plein d’autres choses encore) et il est difficile de ne pas se mettre en colère face à tant de bassesse, de stupidité et d’individualisme.

 

* Si t’étais présidente, tu changerais quoi en France ?

Et bien justement : je demanderais à tous les élus de montrer l’exemple en se serrant eux aussi la ceinture. Comme dans les pays nordiques, où être élu n’est pas synonyme de privilège : les députés vont à l’assemblée en métro. Mais sans aller jusque là, j’aimerais une transparence totale des dépenses, genre les frais de bouche, de voyage ou de représentation (un costume à 5 000 euros pour le maire d’une commune de 10 000 habitants, vraiment ?). Et également une obligation de siège pour les députés : ils ne pourraient plus sécher l’assemblée comme on sèche l’école, c’est ridicule. Je suis sure que des mesures simples d’économies par ci par là (genre adieu le tableau de maitre pour décorer le bureau du nouveau préfet et qui disparait dans sa villa perso quelques années plus tard) redonneraient le moral aux français en les remotivant. De même, j’essaierais de trouver une solution pour que les grosses entreprises ayant un gros marché en France (comme la téléphonie) paient les impôts qu’ils doivent réellement payer, en nettoyant le système « boite en France= à l’équilibre mais filière sous-traitante aux îles Caïmans, ultra-bénéficiaire (mais ne payant pas d’impôts) ». Enfin, je créerais un statut fiscal avantageux (genre déduction des frais sans plafond et 30% max d’imposition sur les gains en tournoi) pour les joueurs de poker afin que ces derniers puissent revenir dans leur pays. Mais bon… Ca a un côté Don Quichotte tout ça…

 

* T’es vacciné contre la grippe A ?

Lol. Non. (quel scandale ça aussi…)

* Si une nouvelle joueuse de poker te demande des conseils, tu lui réponds quoi ?

Qu’elle s’accroche et ne baisse jamais le bras. Sur le court terme, le poker peut vraiment être d’une injustice totale. Je sais que pendant près deux ans, à chaque fois que j’ai été près de l’argent dans un tournoi sympa (au début en plus, j’en jouais très peu), je me suis fait craquer les as. Comme un vieux running gag pas drôle. C’est comme ça. Mais un jour, ton gros coup passe et là, c’est bon. De plus, je conseillerais aussi de faire gaffe à la gestion du bankroll. Pas de tournoi à 1 000 euros avec une structure rapide quand il reste 500 derrière…

 

* Raconte-nous ta plus grande adrénaline en tant que joueuse et ton meilleur moment dans ta carrière.

J’ai une mémoire qui s’efface très vite. Il y a beaucoup de gens que je croise un jour et ne reconnait pas le lendemain. Ou des amis qui me racontent des anecdotes vécues ensemble mais dont je n’ai plus aucun souvenir. C’est étrange, parfois difficile, mais c’est comme ça. Tout se transforme vite en un nuage d’impressions et de souvenirs vagues ; je ne vis que dans le présent. Mais je sais avoir été vraiment heureuse en remportant le Ladies de l’Irish Open. J’y ai gagné moitié moins que quand j’ai fini runner-up au Ladies de Monaco mais les sentiments n’avaient rien à voir. J’étais incroyablement heureuse et fière à Dublin et inconsolable à Monaco. J’ai toujours été une très mauvaise perdante, demandez à mes deux petites sœurs comment ça se passait quand on se faisait un Cluedo ou une partie de la Bonne Paie (encore maintenant, elles veulent plus jouer avec moi) :o)

 

* Ton épitaphe, ça serait quoi ?

Elle est partie heureuse.

 

* Ton avis sur le texte de loi sur l’ouverture du marché des jeux en France ?

Quel énorme bordel… La plupart des sites ont la tête sous l’eau : pas facile de remplir les conditions d’un cahier des charges de plus de 1 000 pages… On va entrer dans une nouvelle ère hallucinante : partout on verra de la pub au mur et des people sortir qu’ils jouent sur X.com ou W.com… Ca va être n’importe quoi et j’avoue être réellement curieuse et perplexe quant aux futurs changements. Personne ne peut savoir ce qui va se passer réellement : qui va se détacher, quel sera l’impact sur le chiffre d’affaire, comment va se passer l’histoire d’effacement du fichier client, quels sont les sites qui vont disparaitre, quel va être le prélèvement exact, est-ce qu’il va y avoir des ajustements… Ca va être la surprise, bonne ou mauvaise, pour tout le monde.

 

* Lorsque que tu étais au micro avec Benjo à Monaco, tu as parlé d’un futur sponsor, quand est-il aujourd’hui ?

Justement, je crois que j’ai fait mes résultats à la mauvaise période… Les sites sont tous en train d’établir une nouvelle stratégie de communication pour septembre, voire plus tard. En cette période d’ouverture du marché, tout est flou. J’étais en négo avec deux sites pour un sponsoring pour les WSOP mais ils ne seront pas prêts pour l’ouverture française avant septembre. Il ne leur sert donc à rien d’avoir un joueur en juin/juillet avant d’avoir le site légalement implanté en France. Je vais donc laisser passer l’été, leur laisser le temps de légaliser leur boite en France et voir ce qu’on m’offre à la rentrée ! Je suis très optimiste sur ce point, ça ne m’inquiète pas du tout.

 

* Comme le fait Pascale Clark, je te laisse les 100 derniers mots de cette interview libre à toi.

On pense souvent de moi que je suis quelqu’un de très insouciant, car je souris beaucoup et j’ai une voix aigüe et légère. Mais c’est la meilleure armure que j’ai trouvé pour vivre dans notre monde. Le bonheur est une démarche offensive. Pas un état qui nous tombe dessus un matin. Le bonheur n’est que volonté subjective de vouloir voir le meilleur pour soi et pour les autres. Je déteste les gens jaloux, blasés et aigris pour cette raison : ce sont des lâches. J’ai des amis qui ont perdu beaucoup (leur travail, la santé, leurs parents ou autres cruautés de la vie) et qui sont remontés à cheval : ce sont des gens que j’admire énormément. Au poker comme dans la vie, il faut savoir se battre, voir le positif et avoir la foi. (et zut, j’ai dépassé les 100 mots :o)

 

* Tu n’en as pas marre de mes questions à la con ?

En fait, j’ai un article à rendre ce soir et j’avais une petite flemme. Du coup, ça m’a permis de ne pas m’y mettre tout de suite sans culpabiliser et rien que pour ça, c’est cool !

 

Merci Claire.

Vous retrouverez sa fiche PokerGirlz PRO ICI.