Melle Lucille Cailly by PokerGirlz

 

Pour ceux qui ne te connaisses pas encore (y en a-t-il?), peux-tu nous résumer en quelques mots ton parcours jusqu’à présent ?

J’ai commencé le poker il y a 3 ans. Comme tout le monde, c’est lors d’une partie avec mes amis que j’ai découvert mon goût pour ce jeu. Pendant plusieurs semaines, il y a eu une partie chez moi (je vivais en colocation avec deux potes). Quelques mois plus tard, je prenais un billet d’avion pour Las Vegas, sur un coup de tête. A l’aéroport, j’ai rencontré Manuel « manub » Bevand et Jean-Baptiste « Jaybee » Mathieu et quelques heures plus tard, je jouais des sit and go avec eux au-dessus de l’Atlantique… A vegas, j’ai aussi rencontré Otto Richard et tous les trois m’ont prise sous leur aile et m’ont beaucoup appris. Quelques mois après mon retour à Paris, je co-animais le CP radio pour une une dizaine d’émissions.Puis j’ai participé à un concours de journalisme organisé par le CP et Wam, visant à envoyer deux reporters couvrir le Main Event des WSOP avec Benjo (été 2008). J’ai remporté le concours du côté des Cpistes. Peu après, j’ai été contactée pour présenter la saison 4 des EPT sur NRJ12, ainsi que couvrir les France Poker Tour.Durant cette période, j’ai commencé à jouer assidûment en cash game, montant progressivement de limite, en suivant une gestion de bankroll très rigoureuse.

En 2009, j’ai commenté le Chilipoker Cash Challenge avec mon ami, Guillaume Cescut. J’ai commencé à m’intéresser aux tournois. J’ai fini seconde du side à 1350 euros du Marrakech Poker Open, pour ma première ligne hendon mob. Le mois suivant, je finissais 47ème de l’EPT de Deauville. Début 2010, j’ai été contactée par  le groupe Française des Jeux et le groupe Lucien Barrière pour intégrer la Team Pro BarrierePoker.fr, composée de joueurs que j’estime énormément (dont plusieurs sont depuis longtemps de très bons amis).

 

Pour rester original, le poker t’apporte ou t’as apporté quoi ?

De ne plus avoir à me forcer. Je gagne ma vie en faisant ce qui me plait. C’est un luxe incroyable. Mon métier, c’est de jouer !

Je gère mon temps comme je le souhaite. Aucune pression, aucune obligation.

Et aussi fou que cela puisse paraître, le poker m’apporte une vie saine. Je suis certaine que si je devais me lever tous les jours à 7h, je n’aurais jamais le courage d’aller courir 3 fois par semaine…

Des amies aussi. Je n’ai jamais eu beaucoup de « copines ». Or cela a tendance à changer. Les femmes qui gravitent dans le milieu du poker ont ceci de commun : elle ont toutes fait un choix de vie atypique. Ce sont des femmes avec de fortes personnalités, qui se ressemblent en beaucoup de points. Je suis devenue très proche de certaines joueuses.

 


Qu’est-ce qui te fait lever le matin ?

L’envie et plus jamais l’obligation. Grâce à cette liberté que m’apporte le poker, je peux ne me consacrer qu’à ce qui me fait plaisir et/ou à ce qui m’intéresse. Et ça me prend déjà beaucoup de temps !

 

Parle nous de ta nouvelle team, l’ambiance, ses forces, ses qualités et ce dont tu veux nous dire ?

Je n’aurais pas pu rêver d’une meilleure team. Au sein de la Team Pro BarrierePoker.fr certains membres étaient déjà de très proches amis. Les autres sont clairement en passe de le devenir. Il y a déjà une vraie solidarité entre nous.

J’ai de grands espoirs en ce qui nous concerne.

 

Quel est ton but dans la vie ? Ta plus grande fierté ?

Etre épanouie, faire, tant que possible, ce qui me rend heureuse.

Je n’ai pas (encore) de fierté particulière, je crois… Mais si je dois absolument répondre, disons d’avoir fait un choix de vie marginal et risqué quand il aurait été beaucoup plus facile de suivre une voie classique (il n’y a évidemment aucun jugement normatif dans ce que je viens de dire).

 

Que sont devenus tes rêves d’enfants ?

Depuis mon entrée en primaire, j’ai toujours rêvé d’être comédienne. Et je le suis devenue. J’en ai vécu quelques temps. Juste assez pour me rendre compte que les rêves d’enfants ne font pas obligatoirement les rêves d’adultes. La pression pécuniaire m’a vite dégoûtée des planches. Et puis, c’est un métier difficile pour l’ego. On nous répète sans cesse qu’on est trop grand, trop maigre, trop-ci, trop-ça. Il faut être sacrément solide sur la longueur pour garder confiance en soi et l’envie intacte.

 

Te manque-t-il quelque chose ?

Vivre, c’est justement vouloir, non ? Vouloir être heureux, vouloir réussir, vouloir être aimé, vouloir le dernier objet hi-tech, vouloir un hamburger là tout de suite… Alors tant que je serai vivante, il me manquera toujours quelque chose. Et c’est très bien comme cela. Ne plus rien désirer doit être d’un ennui… Je me demande si ce n’est pas la définition de la dépression d’ailleurs.

 

D’où viens-tu ? A quoi as-tu renoncé ?

Je viens du fin fond de la Normandie. Je l’ai quitté sans regret. J’ai eu une enfance compliquée. Il a fallu que je fasse des choix importants très tôt. Mais je n’ai renoncé à rien, bien au contraire…

 

Tu t’es payé quoi avec ton premier « gros » gain ?

J’ai tout mis sous mon matelas. Je suis une nit de la gestion de bankroll donc mon premier gain conséquent en tournoi est allé la consolider. Je sais, ce n’est pas très funky mais j’ai fait un choix de vie qui implique d’être responsable et ce choix est déjà assez funky en lui-même.

On en reparlera si je gagne un EPT.

 

Es-tu stressé avant un tournoi et as-tu des rituels avant de rentrer en scène ?

Je suis stressée avant chaque tournoi. En général, ça va mieux lorsque je vois que j’ai hérité d’une table facile. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Les tournois me provoque de telles montées d’adrénaline que généralement je mets des heures avant de m’endormir le soir. Le cash game ne m’a jamais fait cette effet.

Je n’ai pas de rituel. Je ne suis vraiment pas superstitieuse.

 

Crédit photo : CardPlayer

 

Toi, joueuse de poker, c’est quoi en trois mots ?

Analyse, compétitivité et sang-froid.

 

Quelle tâche ménagère te rebute le plus ?

Toutes ! C’est une telle perte de temps… Et c’est un peu comme le tonneau des Danaïdes : à peine fini, il faut déjà recommencer !

 

Quels sont tes plaisirs favoris ?

Au quotidien, j’ai une énorme consommation de sitcoms américaines et anglaises, de littérature américaine, de bons films, de coca light et de cheesecake.

Sinon, la plongée reste ce qui me fait le plus vibrer. Tous les ans, je pars à la découverte d’un nouveau spot, à l’autre bout du monde. Dans ces moments, j’ai l’impression d’accéder à autre niveau de compréhension de la nature. C’est absolument magique. Il n’y a rien qui soit comparable.

 

Qu’aimerais-tu recevoir pour ton anniversaire ?

Un coaching d’Elky ou de Phil Ivey. Tu t’attendais à quoi de la part d’une joueuse ?

Sinon, un appart’ dans le 7ème arrondissement, rue Cler fera l’affaire.

 

T’as un coup de gueule à passer là, tout de suite ?

A l’instant non. Mais hier soir, j’ai grogné au sujet de la prolifération des films en 3D. Mon cheval de bataille au ciné avant c’était la VO, maintenant c’est la 2D.

 

Si t’étais présidente, tu changerais quoi en France ?

J’instaurerai la circulation à cheval dans les grandes villes pour pallier à la pollution. Et puis, ça donnerait une touche pittoresque à ces paysages urbains.

 

T’es vacciné contre la grippe A ?

Non. Mais ce n’est plus trop d’actualité. Il va falloir revoir vos questions, jeune homme !

 

Si une nouvelle joueuse de poker te demande des conseils, tu lui réponds quoi ?

De prendre son temps, de ne pas brûler les étapes. Accéder rapidement aux gros tournois est infiniment plus facile pour une femme. Le problème c’est que cela ne lui laissera pas le temps nécessaire à l’apprentissage. Il faut accepter de faire ses classes, de se prendre des claques mais à son propre niveau. Il faut travailler et se remettre en question constamment. Etre sponsorisée rapidement empêche souvent d’y parvenir.

Je lui conseillerai donc de lire et regarder toutes les vidéos possibles, de discuter des mains qui lui posent problèmes avec des joueurs qui en sont plus loin qu’elle et de jouer le plus possible à son niveau et à celui de sa bankroll. Il n’y a pas de secret… malheureusement !

 

Plus joueuse de Cash Game ou de tournoi ?

J’étais surtout une joueuse de cash game. C’est comme cela que j’ai monté la plus grande partie de ma bankroll. Mais j’ai vite pris goût aux tournois. Je n’en joue que depuis décembre 2009 mais j’adore ça. C’est une dimension différente du jeu, une vraie compétition où il est interdit de craquer. J’attends toujours avec impatience mon prochain tournoi. Le cash game, c’est plus mon quotidien.

 


Raconte-nous ta plus grande adrénaline en tant que joueuse et ton meilleur moment dans ta carrière.

Je pense que c’est une des dernières mains du premier niveau du day 2 de l’EPT de Deauville. J’étais très mal en point. Je bataillais entre 10 et 15 blindes depuis plus d’une heure. J’avais bien joué jusque-là mais diverses configurations avaient malmené mon tapis. J’allais avoir besoin d’un peu de chance sinon ce serait bientôt fini pour moi. Or c’était mon premier EPT et cela me tenait beaucoup à cœur.

J’ai fini par envoyer mes dernières blindes avec une paire de 6, payée par une paire de 8. A ce moment, Yann Brosolo qui était à la table d’à côté se lève pour voir le board. Thomas Bichon est à ma droite à table. Et ils ont tous les deux discrètement appelé le 6, qui est apparut comme par magie. Outre le fait de ne pas sortir du tournoi (et de finir avec un joli ITM), cette solidarité m’a électrisée.

 

Ton épitaphe, ça serait quoi ?

Je n’ai pas encore abandonné l’espoir de découvrir que je suis immortelle !

 

Ton avis sur le texte de loi sur l’ouverture du marché des jeux en France ?

Il n’y a pas de bonne réponse à cette question. Je comprends bien évidemment la frustration des joueurs face au rake et au manque de circulation sur les sites. Peu importe ce que j’en pense, la loi a été votée et il va falloir faire avec.

 

Comme le fait Pascale Clark, je te laisse les 100 derniers mots de cette interview libre à toi.

Cent mots, c’est beaucoup ! En plus, tu mens, y’a encore une question derrière !

Tout le meilleur à ton site et à toutes tes pokergirlz.

 

Tu n’en as pas marre de mes questions à la con ?

Non, elle était sympa cette interview. Par contre, là, il est temps d’aller grinder…

 

Merci Lucille.

 

Vous retrouverez sa fiche PokerGirlz PRO ICI.

 

La prochaine Interview sera celle de : ( j'hésite encore trop hihi )